Six détenus de Sainte-Anne-des-Plaines se confient
Le corridor du pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines témoigne bien de la solitude du milieu. Crédit: Charles-Robert Giguère
C'est dans le premier documentaire de Catherine Proulx, une jeune réalisatrice originaire des Basses-Laurentides, que six détenus du pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines ont voulu témoigner de la réalité du milieu carcéral. Bien que méconnu, le documentaire Un trou dans le temps fait tout de même présentement la tournée de 10 villes du Québec dans le cadre d'un forum communautaire organisé par l'Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ).
D'entrée de jeu, il est important de mentionner que l'idée originale provient des détenus eux-mêmes qui, aigris par leur quotidien, ont proposés un projet qui a tout de suite plu à l'équipe fraichement diplômée. Un trou dans le temps se veut une réflexion qui porte sur la vie de ces détenus, tous derrière les barreaux depuis plus de 10 ans.
Dans l'intimité de leur cellule et dans les corridors du pénitencier fédéral Archambault, on fait donc la rencontre des hommes derrière les criminels qui désirent, malgré tout, rendre leur passage à Sainte-Anne-des-Plaines utile. « Ils se sont rendus compte qu'il y a de plus en plus de jeunes qui arrivent au pénitencier fédéral et veulent les inciter à réfléchir », de mentionner Catherine Proulx. Les six prisonniers ne sont donc pas présentés en victime, ni en monstre. « Le film ne revient pas sur ce qu'ils ont fait. On est parti de l'idée qu'ils ont été jugés et qu'ils ont maintenant une peine à purger, confie la réalisatrice. On présente seulement le fruit de toutes ces réflexions qui a mûri derrière les barreaux. »
Un message qui fait réfléchir
« Avec eux, on découvre un monde plus humain, moins sensationnel et plus complexe que celui habituellement dépeint par les médias, peut-on lire sur le site Internet officiel du documentaire. Les histoires de « pen » nourrissent peut-être l'imaginaire, mais quand on y regarde de plus près, la vie en prison n'a rien de romanesque. Dans cet établissement à sécurité moyenne, les histoires glorieuses font partie du passé et ont laissé place aux regrets et à la solitude. »
La jeune réalisatrice avoue avoir trouvé le tournage difficile par moment. « Ce n'est pas comme je l'imaginais. J'ai trouvé qu'il y avait tellement de personne qui était toute seule là-dedans », explique Catherine Proulx. Ces hommes savent qu'au fil des mois, le monde changera sans eux. Ils savent qu'au fil des années, ils vieilliront seuls et qu'au terme de leur sentence, beaucoup de gens les auront oubliés. » Elle fait d'ailleurs référence à un détenu de 58 ans, Léo Simard, qui est actuellement en libération conditionnelle. L'homme a aujourd'hui 58 ans. « On a abordé le fait qu'il est complètement déconnecté de ce qui se passe dans le monde. Il n'a même jamais utilisé de guichet automatique », affirme la réalisatrice.
Durant 52 minutes, le spectateur fait ainsi la rencontre de ces hommes brisés, partageant du coup leurs peurs et leurs regrets. Un trou dans le temps est un documentaire qui fait réfléchir et qui, on l'espère, fera réfléchir ceux qui sont parfois si près du gouffre.
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