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Les entrepreneurs qui veulent défier la collusion dans l’industrie de la construction le font souvent au risque de leur vie.

Menaces de mort, intimidation, voies de fait ; les entrepreneurs qui veulent défier la collusion dans l’industrie de la construction le font souvent au risque de leur vie.

C’est ce qu’a raconté hier André Durocher, l’ex-propriétaire de l’entreprise Les excavations Panthère, au cours d’un témoignage amer devant la commission Charbonneau.

Durocher a été forcé de placer son entreprise sous la Loi sur la faillite, l’année dernière, et il semblait se vider le cœur devant les commissaires

Son constat est clair : dans la grande région de Montréal, seuls les entrepreneurs qui sont «les bienvenus» peuvent travailler sur un territoire donné.

Il a ainsi nommé une série de municipalités, avec les entreprises, autant des firmes de génie-conseil que des entrepreneurs, qui y raflent la majorité des contrats.

«La collusion entre entrepreneurs, c’est une chose. La collusion entre les villes et les firmes de génie, c’est la crème sur le sundae», a-t-il expliqué.

Poing américain

Ceux qui voulaient faire fi de la règle non écrite des territoires en subissaient les conséquences.

«Quand on n’était pas le bienvenu, on pouvait recevoir 25 ou 30 appels d’intimidation sur un contrat», a expliqué Durocher.

Dans le cas d’un chantier spécifique, qui ne peut être nommé, son frère Denis s’est même fait passer à tabac à l’aide d’un poing américain.

En 2008, l’entrepreneur basé à Blainville a voulu obtenir un contrat sur la rue Chabanel, à Montréal. Grave erreur. Une heure après qu’il ait envoyé quelqu’un chercher les plans, un inconnu l’appelle.

«T’as pas d’affaire là, c’est moi qui va faire la job», lui a dit l’homme.

Les appels n’ont pas cessé, si bien que Pierre Papineau, le courtier d’assurances qui s’occupait de fournir le cautionnement (garantie) de Panthère pour ce contrat, a persuadé Durocher de ne pas envoyer sa soumission.

«On va se faire casser les jambes», aurait-il mentionné, en précisant que la menace venait de Tony Conte, propriétaire de la firme Conex Construction routière.

« Le pire chantier en 20 ans »

Parfois, la menace était plus subtile. Pour un contrat à Lachute, en 2010, Durocher a vite compris qu’il était persona non grata sur ce territoire.

«T’es pas le bienvenu, et on a reçu l’ordre de te crever à Lachute». Voilà le message que lui aurait transmis l’ingénieur au dossier, de la part de ceux qui «ne voulaient pas le voir là».

Selon son explication, ces derniers auraient multiplié les plaintes à son endroit à des organisations comme la CSST, la Sûreté du Québec et la Commission des Transports du Québec.

Les multiples contrôles et vérifications dont il faisait l’objet, suite à ces plaintes bidon, finissaient par le ralentir.

«Ça t’empêche de travailler, c’est incroyable. C’est le pire chantier que j’ai eu en 20 ans», a-t-il expliqué.

Le témoignage d’André Durocher devant la commission Charbonneau se poursuit aujourd’hui.

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