La commission scolaire poursuit les hassidiques de Boisbriand
Ils observent la loi talmudique à la lettre. Si bien que d'autres hassidiques les trouvent même un peu excessifs dans leur ascèse. Pourtant, les Tash de Boisbriand sont, à certains égards, des délinquants. À la longue liste de leurs infractions civiques, s'ajoute un défaut de paiement de taxes scolaires de près de 100 000 $.
La poursuite a été déposée, en juillet dernier, par la Commission scolaire de Seigneurie-des-Mille-Îles (CSSMI) contre quatre organismes dont les sièges sociaux se trouvent au cœur de l'enclave hassidique Tash de Boisbriand.
Trois de ceux-ci logent à la même adresse. L'édifice abrite le bureau du rebbe, chef spirituel des Tash. À 90 ans, rebbe Meshulim Feish Lowy est une légende.
Ce qui distingue les juifs hassidiques des autres juifs orthodoxes, c'est leur vénération du rebbe : une sorte de premier ministre et pape, un leader charismatique. Lowy est considéré comme un saint qu'on vient visiter de partout dans le monde, pour obtenir des faveurs du ciel avec qui il serait en bons termes.
À 90 ans, rebbe Meshulim Feish Lowy est une légende.
Le seul au Québec
La plupart de ces princes hassidiques vivent à Brooklyn, à New York, ou en Israël. Le rebbe des Tash, lui, a choisi de s'établir à Boisbriand, en 1961, en compagnie d'une centaine de personnes. Ils sont aujourd'hui près de 5 000.
Alors que les autres groupes hassidiques vivent en ville, le rebbe des Tash a voulu créer une enclave hassidique, une bulle isolée du monde au milieu de terres agricoles. Cinquante ans après son établissement, c'est réussi. Et, ils sont en plein essor. Quatre édifices à logements sont actuellement en construction.
L'endroit est saisissant. Une immense école pour les filles, un autre édifice ultramoderne pour les garçons, une magnifique garderie, etc. Un monde en soi, avec ses monuments payés, entre autres, par ce qui rappelle le système catholique des indulgences. Des juifs fortunés envoient des dons à la communauté du saint en échange de sa bénédiction.
Infractions civiques
Avant la taxe scolaire, c'était la taxe sur l'eau. Un dossier toujours non réglé. Les Tash doivent plus d'un million et demi de dollars à la Ville de Boisbriand pour défaut de paiement de la taxe d'eau. L'affaire dure depuis 2005. Malgré trois jugements en faveur de la municipalité, les hassidiques ont porté la cause en appel. Le dossier est complexe, mais en résumé, les Tash invoquent le fait que leurs édifices religieux ne peuvent être taxés de la sorte.
La taxe scolaire est imposée à partir des rôles d'évaluation des municipalités établis conformément à la Loi sur la fiscalité municipale, qui prévoit que les églises sont exemptées, ce qui serait au cœur du litige de cette taxe scolaire non payée pendant des mois. La Commission scolaire nous a, par ailleurs, fait savoir que tout récemment, les Tash se sont résignés à commencer à rembourser leur dû.
Une école toujours illégale
Hermen Shwartz, porte-parole de la communauté, a confirmé que les garçons du groupe fréquentent une école qui ne respecte pas les exigences du ministère de l'Éducation : « Nos garçons se consacrent exclusivement aux études religieuses. »
Le défaut de paiement était-il donc idéologique ? Pas de réponse officielle, mais une source à l'intérieur du groupe pense que l'explication des refus de payer la taxe de l'eau et le retard important sur le paiement de la taxe scolaire est beaucoup plus simple : les coffres des Tash seraient vides.
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