La réforme passe-t-elle le test?
Mi-session oblige, l'heure est au premier bilan dans les cégeps du Québec. Bien que les étudiants de la réforme aient fait leur entrée sur les bancs des institutions collégiales en août dernier, il semblerait qu'il n'y ait pas lieu de s'inquiéter. Ce sont des étudiants différents, mais certainement pas moins bons.
C'est du moins ce qu'exprime d'entrée de jeu Micheline Allard, directrice des études au Collège Lionel-Groulx. « On s'est rendu compte qu'ils sont très curieux et qu'ils vont chercher de l'aide plus rapidement. » Celle-ci demeure toutefois prudente. Elle ne s'engage pas à dire que c'est le résultat concret du renouveau pédagogique. « C'est peut-être tout simplement une histoire de cohorte », dit-elle en guise d'explication. Éric Montpetit, professeur de français depuis 12 ans, abonde également dans le même sens. Il n'a pas observé de différences majeures.
Mme Allard précise d'ailleurs que les cégeps seront davantage en mesure de cibler les différents effets de la réforme au cours des prochaines années, puisque les étudiants ont jusqu'à maintenant seulement connu les balbutiements du nouveau programme. « On fait ce pari-là, laisse-t-elle entendre. On demeure en mode observatoire, car dans quelques années, les étudiants auront vraiment baigné dedans ».
Bien que la directrice des études avoue ne pas banaliser la situation, elle indique tout de même de pas vouloir tomber dans les discours alarmistes qui se sont fait entendre. « Il faut être prudent, croit-elle, car même avant la réforme, on notait plus de difficulté dans les cours de français. Avant de dire que ces difficultés - qu'ils rencontrent aussi cette année - sont soudainement dues à la réforme, on va creuser davantage. On ne peut pas, comme ça du jour au lendemain, tout relier à ce renouveau pédagogique. »
Question d'adaptation
Quoi qu'il en soit, les professeurs ont tout de même dû ajuster leur tir quelque peu, puisque le ministère de l'Éducation a imposé un nouvel objectif d'apprentissage qui vise l'autocorrection et restreint désormais les professeurs à n'enseigner que deux époques littéraires, alors qu'ils pouvaient auparavant toutes les enseigner s'ils le désiraient.
Les professeurs peuvent donc nécessairement accorder plus de temps à la maîtrise de la langue. « Sur les 60 heures de cours que je donne à une classe, j'en accorde au moins 5 % au nouvel objectif d'autocorrection. Il faut que l'étudiant soit en mesure de démontrer qu'il est capable de se relire », précise M. Montpetit, avant d'ajouter que c'est peut-être ce qui a poussé certains professeurs à dire qu'on négligeait la littérature au profit du français.
« Ça ne change pas tant de choses, croit tout de même le professeur. Même avant, on se rendait bien compte qu'il fallait toucher certaines notions de français ». Il a donc ménagé quelques heures à ce nouvel objectif d'autocorrection, mais rien qui semble véritablement bouleverser ses plans de cours. « On voit quand même l'essentiel de la matière qu'on voyait auparavant. »
Mme Allard tient tout de même à affirmer que le collège s'est toujours refusé de stigmatiser cette cohorte d'étudiants. « Ce n'est pas une situation qu'ils ont choisie. Nous prendrons donc le temps de s'adapter. Mais il ne faut pas oublier que les étudiants doivent s'adapter eux aussi. Il y a une marche entre le secondaire et le cégep. Les jeunes sont moins encadrés et ont soudainement plus de liberté ».
« Eux-mêmes se qualifient de testeurs », conclut Éric Montpetit.
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