500 000 Montréalais fuiront la ville d'ici 20 ans
Si la tendance actuelle se maintient, l'île de Montréal devrait perdre, d'ici 2031, près de 500 000 habitants dans ses échanges migratoires avec Laval et les couronnes du Grand Montréal. Un phénomène qui ne pourra qu'amplifier davantage les interminables bouchons de circulation qui paralysent les automobilistes de la région.
Les données des dernières projections démographiques réalisées par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) révèlent en effet que l'étalement urbain - cette propension à fuir la ville pour la banlieue - continuera encore de jouer négativement sur la croissance démographique de Montréal.
«La ville a souffert de son image négative et en souffre encore, malgré les nettes améliorations du cadre de vie en ville. Chaque année, c'est plus de 20 000 Montréalais qui partent vivre ailleurs», mentionne Richard Bergeron, urbaniste et chef de la seconde opposition à l'Hôtel de Ville.
Considéré par plusieurs comme le grand responsable des bouchons de circulation, ce phénomène, qui s'étend de plus en plus loin, n'a donc pas fini d'en faire rager plus d'un.
«Le premier projet d'étalement urbain en dehors de Montréal remonte aux années 50. À l'époque, la ville centre se vidait au profit de Longueuil, facilement accessible grâce aux ponts. Puis il y a eu un intérêt pour Laval à partir des années 60. Mais aujourd'hui, l'étalement urbain va bien au-delà de la limite métropolitaine et on parle maintenant de 2e et de 3e couronne», affirme pour sa part Claude Marois, professeur du département de géographie de l'Université de Montréal et auteur de plusieurs études sur l'étalement urbain, précisant que les problèmes reliés au transport vont se poser avec encore plus d'acuité dans les années à venir si le réseau de train de banlieue n'est pas développé davantage.
«Si la population de l'île de Montréal utilise davantage le transport en commun comme moyen de transport, ce n'est pas du tout le cas de ceux qui résident en banlieue, qui préfèrent nettement l'automobile», poursuit-il.
Compétition
Aux dires de M. Bergeron, ce sont les jeunes familles moyennes qui, à la recherche d'une maison unifamiliale et d'un espace de vie agréable et sécuritaire, désertent le plus vers les banlieues.
«En fonction du prix qu'elles sont prêtes à débourser, les familles ne trouvent pas ce qu'elles veulent sur l'île. Montréal doit trouver le moyen de les attirer en leur faisant voir la ville différemment et leur offrir une formule d'habitat urbain qui répond à leurs besoins», dit-il.
Pour l'instant, reste que la situation demeure très préoccupante, selon certains, compte tenu du fait que les banlieues sont maintenant en compétition les unes avec les autres.
L'ISQ estime d'ailleurs que Longueuil perdra environ 11 000 habitants d'ici 2031 au profit de la couronne Sud et que Laval, si son avenir semble meilleur, connaîtra également des temps plus durs.
«Laval, par exemple, fait de gros efforts pour attirer les gens, mais la tendance montre que les Montréalais qui désertent l'île choisissent de plus en plus des villes comme Terrebonne, Mascouche, Mirabel, St-Colomban ou encore Vaudreuil ou Marieville. Plusieurs de ces villes connaissent des croissances extraordinaires», ajoute M. Marois.
Mais pour Laval, qui devrait connaître une augmentation migratoire de 21 900 habitants d'ici 2031, c'est très hypothétique d'affirmer que la ville connaîtra l'étalement urbain.
«Laval ne s'est jamais portée aussi bien. Nous travaillons fort afin de densifier le territoire et offrons plusieurs programmes pour encourager les entreprises et les familles à venir s'installer à Laval», s'est contenté de dire l'attachée de presse du maire Gilles Vaillancourt, Amélie Cliche, ajoutant que d'ici peu, Laval franchira le cap des 400 000 habitants
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