La construction de commerces de détail atteint un creux depuis dix ans
TORONTO — Les commerçants pourraient avoir davantage de mal à trouver des locaux à louer, car la superficie des espaces commerciaux en cours de construction sur les principaux marchés canadiens a atteint un creux depuis dix ans.
Les mises en chantier dans le secteur du commerce de détail ont atteint 1,5 million de pieds carrés au cours du premier semestre de cette année, selon un nouveau rapport de la société immobilière commerciale JLL.
Ce chiffre est en baisse par rapport aux 2,7 millions de pieds carrés enregistrés l'année précédente et aux 5,3 millions de pieds carrés du premier semestre 2016.
Le précédent plus bas de la décennie avait été enregistré en 2023, lorsque les mises en chantier dans le secteur du commerce de détail s'étaient élevées à 1,9 million de pieds carrés.
Paul Ferreira, vice-président principal de JLL responsable du commerce de détail, a attribué cette baisse à la hausse des coûts de construction, au développement croissant de la rénovation des espaces commerciaux existants, en particulier dans les centres commerciaux, ainsi qu’à l’annulation de certains projets résidentiels qui auraient comporté des magasins au rez-de-chaussée.
M. Ferreira estime que ces facteurs ont réduit les options de location pour certaines entreprises.
«Les commerçants qui souhaitent se développer ont aujourd’hui plus de mal à trouver des locaux qu’il y a cinq ou dix ans, a-t-il expliqué vendredi. Cela signifie qu’ils doivent adapter leurs formats aux types d’espaces qui se libèrent.»
À cela s’ajoute le faible taux de vacance dans la plupart des catégories d’espaces commerciaux.
Les signatures de baux ont également diminué, a indiqué l'entreprise.
Cela s’explique par le fait que «avant tout, il n’y a pas d’espaces disponibles pour s’installer, ou bien certains des grands espaces disponibles nécessitent davantage de travail en amont», a souligné M. Ferreira.
«L’offre est difficile à concrétiser. (…) Je pense donc que les bailleurs qui disposent de locaux sont beaucoup plus prudents dans la manière dont ils commercialisent les surfaces dont ils disposent et prennent leurs décisions à long terme», a-t-il précisé.
Beaucoup d’entre eux s’intéressent aux épiceries, a-t-il ajouté. Dans le sillage de la pandémie de COVID-19, les enseignes alimentaires sont considérées comme des locataires plus stables, car elles n’ont pas dû fermer temporairement comme d’autres entreprises lorsque l’économie s’est arrêtée.
Ils génèrent également un flux hebdomadaire de clients et, comme ils vendent des produits de première nécessité, ils résistent bien à l’inflation et aux autres fluctuations économiques.
De plus, d’autres locataires, tels que les pharmacies, les banques et les entreprises proposant des services à la personne, sont toujours heureux d’être situés à proximité d’une épicerie, ce qui aide les propriétaires à réduire les taux de vacance, croit M. Ferreira.
Une étude de JLL a révélé que 96 % des nouveaux biens immobiliers construits depuis 2022 dans ce que l’entreprise appelle la catégorie des «besoins quotidiens» ont pour locataire principal une épicerie, contre 74 % entre 2016 et 2021.
Les épiceries occupaient la troisième place en matière de nombre d’annonces d’ouvertures au premier semestre de cette année.
Dans l’analyse de JLL, les épiceries se sont classées derrière les établissements de restauration, qui représentaient 33 % des annonces d’ouverture, et les détaillants de vêtements et d’accessoires, qui s’élevaient à 26 %.
M. Ferreira soupçonne que les restaurants dominent les ouvertures, car l’envie de manger à l’extérieur persiste après la pandémie de COVID-19 et parce que les consommateurs sont attirés par de nouveaux concepts et de nouvelles marques qui se sont implantés sur les principaux marchés canadiens.
«Nous avons constaté une forte croissance des restaurants à service rapide et des restaurants à service rapide haut de gamme (…), mais je ne sais pas dans quelle mesure la croissance continue de ces secteurs est durable», a-t-il mentionné.
«À mesure que les consommateurs seront confrontés à des contraintes quant à leur budget consacré aux repas à l’extérieur, je pense que le marché commencera à réagir en conséquence», a-t-il fait valoir.
Tara Deschamps, La Presse Canadienne

